Publié par : lukmah | 19 mars 2013

Du cafe zapatiste

 

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« Consumir este cafe o adquirir artenasias de la cooperativas autonomas zapatistas que usted observa a su alrededor, permite que los pueblos indigenas impulsen sus propios proyectos integrales en materia de salud, educacion, vivienda, justicia, democracia, entre otras, en el marco de su propria autonomia y de su libre determinacion como pueblos indigenas. »

La carte de TierrAdentro, cafe cooperatif sympathisant du mouvement zapatiste, donne le ton… bienvenue a San Cristobal de las Casas, au Chiapas, terres de l’EZLN.

Sur Real de Guadalupe, je deambule avec Saskia, amie belge retrouvee dans cette rue neuve bondee de touristes et de backpakers. Etrange de se balader ainsi entre restos et magasins de souvenirs a l’endroit meme ou, le 1e janvier 1994, l’Armee Zapatiste de Liberation Nationale, apres avoir declare la guerre au gouvernement federal mexicain, prit par la force 7 municipalites du Chiapas, dont San Cristobal.

Coincidant symboliquement avec l’entree en vigueur de l’ALENA (Accord de Libre Echange Nord-Americain), l’action du mouvement zapatiste marque pour beaucoup les debuts du mouvement altermondialistes et la critique grandissante du neoliberalisme initie dans les annes 80′.

19 ans plus tard, malgre la repression militaire et malgre les promesses politiques non tenues, les zapatistes sont toujours la. Peut-etre plus forts que jamais.

Silencieux depuis plusieurs annees, le 21 decembre 2012 (changement d’ere maya), les zapatistes, revetus de leur passe-montagne carateristique, defilent avec plus de 40 000 militants dans cing villes du Chiapas. En silence et en rang dans une demonstration impressionante de force pacifique. Comme le fait remarquer Francois Houtard, « il faut s’imaginer ce que signifie préparer une telle opération, réunir les véhicules, mobiliser les gens, avoir l’accord de tous, prendre la route dans une région de sécurité incertaine, parcourir des dizaines de km et défiler en ordre, pacifiquement, dans cinq villes et cela, sans que personne ne s’y attende. »(1)

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Durant la semaine que je passe a San Cristobal, la seule cagoule EZLN que je verrai sera celle d’un gamin l’ayant achetee dans un magasin de souvenir. Au dela du folklore, j’ai pourtant le sentiment que le zapatisme flotte dans l’air de cette ville  entre touristes et femmes Tzotil en habit traditionnel… Est-ce moi? Mes lunettes sur ce bout de voyage?

Le cafe est bon a la cooperative TierrAdentro. Un autre noir sans sucre…

En toute logique les grains proviennent des caracoles, communautes autonomes zapatistes. Lieux d’experimentation de democratie directe, d’autogouvernement et de remise en question pratique du modele capitaliste, ces communautes reinventent la conception du pouvoir et les manieres de s’organiser collectivement.

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Au croisement d’une guerilla guevariste « maniant de façon compétente l’analyse marxiste » (2) et de l’histoire centenaire de peuples indigenes meutris par la colonisation, l’esclavage et la discrimination, le neozapatisme (du nom du revolutionnaire mexicain initiateur de la reforme agraire, debut XXe) est porteur d’une radicalite super interessante.

Action locale mais a la portee universalisante, theorisant mais s’ancrant dans la pratique et « l’apprendre en marchant », critique radicale du capitalisme et de la modernite ayant ravage les societes et l’environnement… le mouvement zapatiste rompt selon Miguel Benasayag (auteur de Resister, c’est creer, coecrit avec Florence Aubenas) en s’ancrant dans le faire en situation et la non-recherche du pouvoir pour changer, par le bas, la societe…(3)

Decidement, le cafe zapatiste a une douce saveur libertaire et un parfum d’utopie a San Cristobal…

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Sur 7 millions d’habitants du Chiapas, 2, 7 millions vivent dans la pauvreté extrême, soit 40 % et il est inutile de préciser que cela concerne surtout les peuples indigènes. L’analphabétisme atteint 25,4 % de la population, contre 10 % dans l’ensemble du pays et 32,2 % n’ont pas accès aux services de santé.

F. Houtard, Les zapatistes existent toujours, sur Cetri.be (18 mars 2013)

(1) Ibid.

(2) Ibid.

(3) Itw de Miguel Benasayag a l’occasion de la sortie de son livre « Du Contre-pouvoir » (1998) : « Cette contre-offensive se situe en rupture avec les méthodes des groupes politiques traditionnels : elle excentre, sans la nier, la question du pouvoir et refuse l’idée d’un modèle anticipateur défini a priori… Les vieux habits de la militance « contre » sont abandonnés au profit de la quête de modes de vie et de pratiques alternatifs : il s’agit de dépasser en actes, dans la vie de tous les jours, l’individualisme du système. Il s’agit, à travers des solidarités en situation, de construire l’émancipation ici et maintenant.  » Itw sur http://1libertaire.free.fr

Creer, c’est resister. Resister, c’est creer … Stephane Hessel et l’Appel du Conseil National de la Résistance ne sont pas loin…

PS: amis historiens, ce sont mes premieres notes de bas de pages depuis 4 ans… quel plaisir! 


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