Publié par : lukmah | 7 juin 2013

Derrière les barrières, le Maroc

IMG_1440Le Maroc derrière les barrières, c’est d’abord pour moi au sens propre. A Melilla, enclave espagnole au Maroc, un triple grillage de 7 mètres de haut s’allonge le long de la frontière avec le royaume chérifien. Payée par l’Union Européenne, la police marocaine surveille la zone de l’autre coté des impresionantes barrières. Tous les 30 mètres, une guérite abrite un policier scrutant son pays…

Ce qui n’est pas propre, c’est ce que ce rideau de fer moderne incarne : la politique d’immigration de l’UE et son agence Frontex « chargée d’améliorer la gestion intégrée des frontières extérieures des États membres de l’UE ». Un organisme doté de moyens militaires et interpellé par la société civile depuis mars 2013 dans une campagne «  L’Europe est en guerre contre un ennemi imaginaire »

A Melilla, Eduardo et Anya m’hébergent dans cette dernière ville espagnole à avoir une statue de Franco (un lien avec ce qui précède?). Faisant un tour le long de cette barrière, je leur demande si des gens arrivent à franchir ce dispositif. Sourires tristes de leur part : « Quand tu crèves de faim 5-6 mois dans un campement de fortune, tu as de l’imagination… »

Puis le Maroc vraiment, après le passage de la frontière à l’aube.

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Premier pays du voyage où je connais rien de la langue : arabe marocain ou berbère. Casse-tête linguistique, le royaume pourrait faire envie à la Belgique. On parle marocain ou berbère, tout est écrit en arabe classique (différent du marocain) et en français que ne comprennent que les gens ayant été à l’école (48% des adultes ne sont pas alphabétisés)… dans le train entre Marrakech et Rabat, je parlerai décroissance en anglais avec deux jeunes étudiants…

Au delà des barrières des stéréotypes et clichés aussi. Comme tout au long du voyage, je prend plaisir à aller au delà de ces idées simples voires réductrices… et pourtant inévitables dans le processus de connaissance. On discute avec Karim à Boumalne Dadès de l’impérative nécessité de dépasser ces idées toutes faites, les confronter à la « réalité », les nuancer, les enrichir. Et quand ce n’est pas possible, avoir la conscience que son idée de l’Islam, du Rwanda ou du Tango argentin ne sont que des représentations simplifiées, toujours vues au travers de nos lunettes perso, éventuellement dangereuses…

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Une surprise : l’alcool. « On est pas en Arabie Saoudite » rigole Mohammed en m’indiquant un bar de l’autre coté du carrefour dans la ville moderne de Marrakech. Bon, la flag spéciale est une pils des plus communes « mise en bouteille par les Brasserie du Maroc » mais elle fait du bien ce soir là. Si selon les prescrits islamiques et la loi marocaine, il est interdit de boire de l’alcool, pas de problème pour en faire commerce. Comme dans les supermarchés Marjane, propriété du holding royal…

Autre surprise lors de la visite du Jardin Majorelle, toujours à Marrakech. Couleurs à la Matisse, luxe, calme et volupté que cette propriété du couple homo Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent. Dans un pays condamnant les relations homosexuelles par des peines de prison (6 mois à 3 ans), la rue bordant le jardin porte le nom du célèbre couturier…

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« C’est un peu schizophrénique, le Maroc » me dit ainsi Thomas, instituteur dans une école française de Casablanca. Longue discussion avec sa femme Jamila sur les traditions versus modernités… Jamila boit et fume, mais pas devant son père ou dans la rue par exemple.

Le lendemain, je me pose au café de France pour un enième café au lait. Plaisir de regarder le spectacle des gens sur cette grand place traversée par un tramway flambant neuf. J’y vois passer des femmes en hidjab, aux foulards de toutes les couleurs, quelques unes avec le niquab, les seuls yeux visibles, et beaucoup les cheveux au vent. Le soir, les robes se font aussi audacieuses qu’à Montréal l’été…

Et si moi, jeune occidental, je franchis comme rien les  barrières douanières avec mon petit passeport belge, Moulay me fait remarquer comme c’est autrement compliqué pour lui. Obtention de visa, possibilités financières, attentes de la famille… Dans le train vers Tanger, en pensant à ces derniers mois, je mesure ma chance.

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Le voyage c’est le plein de rencontres. Encore et toujours au Maroc. Sur un rythme et des modalités différentes mais toujours riches! On parle pédagogie Steiner avec Quentin et Mano (et leurs 5 trublions en camping car), développement avec l’ami Jon, voyages avec Pauline, Jamila, Thomas et ses élèves (qui me prennent pour un prof de surf!), vélo (« combien ta bicyclette? ») avec d’innombrables commercants des médinas, religion avec Karim, système politique au Maroc avec Moulham… Merci à vous tous!


Responses

  1. A Marackech tu aurais pu y rencontrer une amie: Karima, elle y passait la semaine
    Habitante de Bruxelles, elle fait des allers retour plusieurs fois sur l’année vers sa terre natale……les frontières ne sont pas les mêmes que tu sois pauvre ou riche….

  2. Ah ! Luc, le Maroc: des discussions fascinantes avec des collègues féminines (les hommes semblaient beaucoup moins allumés) de Gérald. Comment rejeter le colonialisme sans rejeter la modernité, comment affirmer son nationalisme et rejeter l’intégrisme, et comment faire, en milieu universitaire, quand les seuls livres accessibles sont imbibés de propagande wahhabite…


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