Publié par : lukmah | 15 octobre 2016

Un peu d’Afrique, en passant

La vie est amusante de surprises. On envoit des dizaines de CV dans des ecoles pour devenir enseignant et c’est la plus improbable sollicitation qui se transforme en 10 mois comme  prof’ d’histoire-geo au Congo. Experience interessante/interrogeante que ce plus que temps plein en histoire (programme belge) a Lubumbashi…
Bref.

Retour vers la Belgique avec quelques detours. L’occasion de ressortir le brompton, un peu rouille de ses petits trajets ecole-supermarche Psaro-centre ville-ecole.

190 km en taxi partage

840+ 1240+333

velo 20+386+170+40

stop 33

train 60+1050

Et comme le nain de jardin d’Amelie Poulain, le revla…

 

 

 

Publié par : lukmah | 1 août 2013

Des chiffres et du temps

IMG_2602Retour en Belgique et l’heure des comptes…

Wavre-Bruxelles-FrancfortVancouverKamloopsJasperToronto-Ottawa-MontrealLaurentidesQuebecNew-YorkMontreal-Toronto-Windsor-Detroit-Chicago-San Francisco-Santa Cruz-Santa Barbara-Los Angeles-San Diego-Tijuana-Ensenada-La Paz-Mazatlan-Guadalajara-Mexico DF-OaxacaSan Cristobal de Las Casas-Huehuetenango-Quiche-Chichicastenango-Antigua-Xela-Guatemala Ciudad-Rio Dulce-Livingstone-Punta Gorda-Belmopan-Belize City-Tulum-Playa del Carmen-Cancun-Madrid-Burgos-Leon-Santiago de Compostela-Madrid-Granada-Yegen-Motril-Melilla-Nador-Fes-Boumalne Dades-Marrakech-Casablanca-Rabat-Tanger-Barcelona-Avignon-Eourres-Briancon-Modane-Paris-Enghien-Bruxelles-Wavre

3600 km en velo; 600 km a pied; 3000 km en stop; 11 000 km en train; 6200 km en bus; 16 000 km en avion ; 2200 km en bateau… tout ça approximativement. Un tour de la terre en zigzag pour ainsi dire.

Des rencontres partout. De nombreux chez-soi sur la route. Des envies de retourner déjà.

Des chiffres mais surtout du temps.

Le temps eu durant le voyage pour soi et, par là, une plus grande disponibilité aux autres, au présent.

Le temps de la découverte des richesses et misères de ce monde qu’on partage à 7 milliard, qu’on le veuille ou non.

Le temps du voyage qui se contracte déjà dans les souvenirs, rattrapé par ce retour à la normalité du chez-soi.

Le temps du voyage faisant place à celui d’un environnement retrouvé. Mais parfois redécouvert autrement aussi.

Imagen 031L’envie de conserver ce temps. Pour plein de raisons.

Parce que c’est désirable personnellement. Parce que c’est la seule chose impayable. Parce que le partage du temps de travail et des revenus est de la justice sociale dans notre société-monde prospère mais inégale.

Devant, un temps partiel donc. Et de l’engagement. Pour continuer à faire sens de ce temps… « Connaitre, agir, aimer » dirait l’autre…

Allez, beaux chemins à tous. Et à plus!

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Pour ceux qui voudraient se lancer dans un petit voyage en brompton (ou avec) : infos pratiques et bonnes idées de partout ici.

L’autre, c’est André Comte-Sponville dans Le bonheur désespérément,

Publié par : lukmah | 18 juillet 2013

J’aime marcher seul et vivre un bonheur partagé

IMG_2345J’aime marcher seul. C’est aussi différent de la marche avec un ami que, disons, soulever des rochers est différent de soulever des haltères. On pense à tout autres choses. Votre propre rythme et le rythme du jour ne sont plus les mêmes. Marcher seul me donne le sentiment d’être « ailleurs », comme détaché. J’aime la façon dont une belle journée s’étire en longueur quand on en dispose pour soi seul. On peut gravir la pente la plus raide à son propre rythme. On peut escalader la montagne en suivant les chemins de traverse, au gré de sa fantaisie, en s’arrêtant pour observer un détail ou rien du tout, libre aussi d’envisager des idées les plus saugrenues, les plus ridicules, pour s’apercevoir, arrivé au sommet, que ces idées étaient moins décousues qu’elles n’en avaient l’air et qu’une fois rassemblées elles constituent un nouveau point de vue, une découverte.

Quelque chose de sacré. J’aime ma famille et j’aime mes amis. Et au delà, j’aime la nature, les espaces sauvages, les grizzlys et les loups. Ce que je vais devoir apprendre, c’est à aimer toute chose ici-bas., jusqu’à l’élément le plus insignifiant, jusqu’à ce qui m’est le plus étranger, tomber amoureux du simple fait de respirer, du miracle d’être en vie.
IMG_2417Je dois déjà être un peu cinglé, finalement.

Les mots de Rick Bass dans Les derniers grizzlis, lu dans l’automne montréalais, me reviennent en tête dans ces derniers jours sur la route… Ils me semblent résumer beaucoup de ce que je ressens dans ce retour progressif en Belgitude.

Tout comme les quelques mots d’Alex « Supertramp » de Into the Wild : Happiness only real when shared… Merci pour toutes ces rencontres au long de la route, pour ces retrouvailles randonneuses ou festivalières, ces mails et lettres, ces skypes et coups de fil…

Merci a toi qui m’a lu et me lis, avec qui nous partageons ensemble ce bonheur de l’instant et de la découverte…

A plus !

Publié par : lukmah | 28 juin 2013

Eourres, au bout là-bas

IMG_2109Eourres, petit village des Hautes-Alpes au bout de la route qui monte. Après le cimetière, le bitume fait place à la piste, les chèvres et les lavandes.

Trois semaines de woofing avec l’association Sens et Autonomie, retour à la terre, au « faire » en apprenant, à la vie communautaire et au grand air.

En portant les lourds seaux d’arrosage, les pensées flottent vers Jean de Florette se tuant sur les cailloux de Provence à poursuivre son rêve.

Relire la tragédie de Pagnol ici prend un sens tout particulier, dans ce village un peu alter. Village dans tout ce que cela comporte. Un peu alter avec ces retours à la terre multiples…

Jean de Florette à Ugolin :

« Vous devez vous demander,cher voisin, pourquoi l’intellectuel que je suis a résolu de s’installer ici?
-Ca oui, dit Ugolin en secouant la tête, je me le demande!
-Eh bien voilà: après avoir beaucoup travaillé – je parle du travail de l’esprit- après avoir longuement médité et PHILOSOPHE, je suis arrivé à la conclusion irréfutable que le seul bonheur possible c’est d’être un homme de la nature. J’ai besoin d’air, j’ai besoin d’espace pour que ma pensée se cristallise. Je ne m’intéresse plus qu’à ce qui est vrai, sincère, pur, large, en un seul mot, l’AUTHENTIQUE, et je suis venu ici pour cultiver L’AUTHENTIQUE. J’espère que vous me comprenez?

-Oui, dit Ugolin. Evidemment. » 

(…)

Le Papet à Ugolin :

« -Et qu’est-ce qu’il veut planter?

-Des légumes, de la vigne, du blé, et surtout, il dit qu’il va cultiver des lotantiques! Des lotantiques partout! Qu’est-ce que c’est?

-Ca doit être un plante qui pousse dans les livres…Je vois ça d’ici

-Il a dit « Il faut être moderne! »

IMG_2063– Je parie dix francs qu’il a t’a parlé de la « routine ».

-Qu’est-ce que c’est?

-Un mot de la ville…La routine, ça veut dire ce que les vieux nous ont appris, et d’après eux, il faut tout foutre en l’air, parce que c’est moderne, et que maintenant on a inventé des miracles…

-Et ce n’est pas vrai?

-De la pure couillonnade, dit le Papet. »

 

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Merci à tous pour ce ré-atterrissage en Francophonie, bien teintée d’accent belch!

Merci Ben’ et No’ pour ce plan tt bon!

Publié par : lukmah | 7 juin 2013

Derrière les barrières, le Maroc

IMG_1440Le Maroc derrière les barrières, c’est d’abord pour moi au sens propre. A Melilla, enclave espagnole au Maroc, un triple grillage de 7 mètres de haut s’allonge le long de la frontière avec le royaume chérifien. Payée par l’Union Européenne, la police marocaine surveille la zone de l’autre coté des impresionantes barrières. Tous les 30 mètres, une guérite abrite un policier scrutant son pays…

Ce qui n’est pas propre, c’est ce que ce rideau de fer moderne incarne : la politique d’immigration de l’UE et son agence Frontex « chargée d’améliorer la gestion intégrée des frontières extérieures des États membres de l’UE ». Un organisme doté de moyens militaires et interpellé par la société civile depuis mars 2013 dans une campagne «  L’Europe est en guerre contre un ennemi imaginaire »

A Melilla, Eduardo et Anya m’hébergent dans cette dernière ville espagnole à avoir une statue de Franco (un lien avec ce qui précède?). Faisant un tour le long de cette barrière, je leur demande si des gens arrivent à franchir ce dispositif. Sourires tristes de leur part : « Quand tu crèves de faim 5-6 mois dans un campement de fortune, tu as de l’imagination… »

Puis le Maroc vraiment, après le passage de la frontière à l’aube.

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Premier pays du voyage où je connais rien de la langue : arabe marocain ou berbère. Casse-tête linguistique, le royaume pourrait faire envie à la Belgique. On parle marocain ou berbère, tout est écrit en arabe classique (différent du marocain) et en français que ne comprennent que les gens ayant été à l’école (48% des adultes ne sont pas alphabétisés)… dans le train entre Marrakech et Rabat, je parlerai décroissance en anglais avec deux jeunes étudiants…

Au delà des barrières des stéréotypes et clichés aussi. Comme tout au long du voyage, je prend plaisir à aller au delà de ces idées simples voires réductrices… et pourtant inévitables dans le processus de connaissance. On discute avec Karim à Boumalne Dadès de l’impérative nécessité de dépasser ces idées toutes faites, les confronter à la « réalité », les nuancer, les enrichir. Et quand ce n’est pas possible, avoir la conscience que son idée de l’Islam, du Rwanda ou du Tango argentin ne sont que des représentations simplifiées, toujours vues au travers de nos lunettes perso, éventuellement dangereuses…

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Une surprise : l’alcool. « On est pas en Arabie Saoudite » rigole Mohammed en m’indiquant un bar de l’autre coté du carrefour dans la ville moderne de Marrakech. Bon, la flag spéciale est une pils des plus communes « mise en bouteille par les Brasserie du Maroc » mais elle fait du bien ce soir là. Si selon les prescrits islamiques et la loi marocaine, il est interdit de boire de l’alcool, pas de problème pour en faire commerce. Comme dans les supermarchés Marjane, propriété du holding royal…

Autre surprise lors de la visite du Jardin Majorelle, toujours à Marrakech. Couleurs à la Matisse, luxe, calme et volupté que cette propriété du couple homo Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent. Dans un pays condamnant les relations homosexuelles par des peines de prison (6 mois à 3 ans), la rue bordant le jardin porte le nom du célèbre couturier…

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« C’est un peu schizophrénique, le Maroc » me dit ainsi Thomas, instituteur dans une école française de Casablanca. Longue discussion avec sa femme Jamila sur les traditions versus modernités… Jamila boit et fume, mais pas devant son père ou dans la rue par exemple.

Le lendemain, je me pose au café de France pour un enième café au lait. Plaisir de regarder le spectacle des gens sur cette grand place traversée par un tramway flambant neuf. J’y vois passer des femmes en hidjab, aux foulards de toutes les couleurs, quelques unes avec le niquab, les seuls yeux visibles, et beaucoup les cheveux au vent. Le soir, les robes se font aussi audacieuses qu’à Montréal l’été…

Et si moi, jeune occidental, je franchis comme rien les  barrières douanières avec mon petit passeport belge, Moulay me fait remarquer comme c’est autrement compliqué pour lui. Obtention de visa, possibilités financières, attentes de la famille… Dans le train vers Tanger, en pensant à ces derniers mois, je mesure ma chance.

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Le voyage c’est le plein de rencontres. Encore et toujours au Maroc. Sur un rythme et des modalités différentes mais toujours riches! On parle pédagogie Steiner avec Quentin et Mano (et leurs 5 trublions en camping car), développement avec l’ami Jon, voyages avec Pauline, Jamila, Thomas et ses élèves (qui me prennent pour un prof de surf!), vélo (« combien ta bicyclette? ») avec d’innombrables commercants des médinas, religion avec Karim, système politique au Maroc avec Moulham… Merci à vous tous!

Publié par : lukmah | 7 juin 2013

Andalousie et Pagnol

IMG_1352Quoi de mieux pour un avant-goût du Maroc que de prendre un peu de temps en Andalousie?

Grenade et son Alhambra emmènent vers le monde arabe, ses arabesques et ses califes… Belle et terrible histoire que ces siècles musulmans en Espagne. Huit siècles de présence arabe (« occupation » diront certains malheureusement)  ont co-construit la péninsule, sa langue, sa culture, sa gastronomie…

Visiter des palais arabes sous une drache qu’on dirait belge a d’ailleurs un coté bizarre…

Mais le soleil est revenu le lendemain pour que j’arrive sous un grand ciel bleu à Yegen, petit village au delà de la Sierra Nevada. Isabelle et Cédric, jeune couple belge, y ont acheté un terrain au bout d’une piste rocambolesque dans les ravins remplis d’oliviers.

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Pour les rejoindre par un sentier de muletier pas piqué des hanetons, je me sens comme Victor, le chanteur d’opéra de Pagnol. Complétement overdressed (moi avec le brompton), Victor arrive dans les collines de Provence pour y retrouver la mère de Manon des Sources dans ce qu’il croit être un chateau.

IMG_1400Le chateau de Isa et Cédric (avec leur petit Philéas) est une belle petite maison en paille autoconstruite. Un panneau solaire, l’eau du village en attendant le filtre, un potager en devenir… l’autosuffisance en chemin. Je reste 3 jours entre discussions, Illitch, maçonnerie, Jonas, mulch et fumier de cheval.

Beauté et simplicité.

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Merci Isa et Cédric!

Pour rejoindre la mer par contre, beauté et simplicité laissent place, de nouveau sous  la pluie, au plastique de serres de l’industrie alimentaire (on parle pas trop d’agriculture je pense…)

Publié par : lukmah | 15 mai 2013

L’Europe, chemin faisant

IMG_10576 jours après avoir atterri à Madrid et retrouvé, avec soulagement, la fraicheur du printemps européen, ai pris la route de Burgos pour y entamer, à pied, le Chemin de Saint-Jacques de Compostelle.

Histoire de changer de rythme et, j’allais m’en rendre compte au fil des sentiers, retrouver le Vieux Continent.

Pour vous donner une idée, a l’image de ces 580 km et 17 jours de marche: petit essai multilingue sur ces retrouvailles avec l’Europe. (Les correctrices/eurs sont les bienvenuEs!)

Claro: hay una diversidad increíble de idiomas en Europa y eso se encontra también en el « Camino ». Entre la Meseta de Burgos y los Montes de Leon se habla francés, alemán, inglés, checo, holandés, bulgare, sueco, italiano… sin hablar de las diferentes lenguas adentro de España : castellano, gallego, catalán, euskera… Y de la lengua a las identidades y los deseos, mas o menos fuertes, de independencia, hay a menudo solamente algunos minutos de conversación… Especialmente cuando un Belga conoce a un chico de Cataluña, dos señoras del Pais Vasco o tres Irlandeses católicos de Ulster (y que tienen un pasaporte de la Republica!).

But if there is a lot of languages on the Camino, most of the « Pilgrims » can’t speak Spanish and so the communication with the locals or the numerous spanish pilgrims will often stop after « Buen Camino ». I realized how lucky I was to speak/gabble in other languages than French.

« I am so frustrated » told me so Steen with who I shared a room of the townhall of a tiny village, the local « albergue ». For this sixty years old Dane, the spanish people he met remained individuals with who he was unable to communicate, and, by the way I discovered, he couldn’t nuance his stereotypes about Spain (lazy people, thiefs, need to reform strongly their way of living to solve their economical problems…)

IMG_1112Steen ne comprend donc que parce que je traduis l’histoire de Luis-Miguel qui loge aussi cette nuit-là dans cette auberge publique. Économiste de 58 ans, il vient d’être prépensioné de la banque qui l’employait à Bilbao. « Une proposition que je ne pouvais pas refuser » dit-il dans un sourire triste en citant « Le Parrain »… Mesure de crise, il a été remplacé par un jeune payé 1000 euros le mois. Jeune qui a finalement de la chance de trouver du travail en Espagne : nombreux sont ceux qui quittent la péninsule pour l’étranger, faute de boulot. Le lendemain, on annonce 6 millions de chômeurs en Espagne.

Dans ce village, et comme dans nombreux autres traversés par le Camino, la majorité des maisons sont volets clos. Deserté, Itero del Castillo ne compte plus qu’une cinquantaine d’habitants, tous vieux. Extrait d’une conversation avec deux d’entre-eux sur la petite Plaza Mayor :  » Y los jovenes se fueron porque no hay trabajo aqua? »  » Pues hombre, si hay trabajo. En la agriculture. Pero, sabes, donde hubo trabajo para cinco, hoy hay para uno. » Et l’autre d’ajouter de derrière ses lunettes qui semblent avoir suivi les chevaux pour le labour :  » El tractor…« 

Luis-Miguel geht im der Camino zu machen der Übergang (« nicht leicht!« ) zwischen sein aktive leben und sein leben von junge Rentner. Christa, Italianere Bürgerin von Südtirol (und denn deutsch sprechend) macht die Pilgerfarht mit ihr Katholiken Glaube. Ein Glaube nicht geschlossen und schön zu sprechen mit… Même religion mais autre foi que celle de ce noblaillon du Bordelais, caricature d’une droite catholique française sortant des manifs contre le Mariage pour tous.

Te veel ontmoetingen om alles te vertellen. Twee meer met een Belgisch accent… In het klein dorp van Rabanal, heb ik het plezier om een beetje Nederlands opnieuw te spreken met Arthur. Student in Gent, vertrok hij te fiets de stad vand de graven van Vlaanderen. Martin, van La Louviere, ging ook te fiets naar Santiago (maar alleen vanaf Saint-Jean Pied de Port).

In deze ontmoetingen en onze gesprekken, komen vaak in mijn hoofd terug Edgar Morin en zijn complexe gedachte (en de ambivalentie Eenheid – Diversiteit) en Amin Maalouf en « Les Identités meutrières ».

Tout en me rapprochant de la Belgique et me faisant sentir plus européen que je ne le pensais…IMG_1155

Et m’émerveillant, qu’au delà des différences de cultures, de langues, d’histoires nationales et personnelles, à une table rassemblant autour d’une tortilla ratée (mi culpa) et quelques bouteilles de vin, sans une langue commune, 2 Italiens, 3 Allemands, un Belge, 3 Espagnols et un Suisse rient ensemble…

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Marcher le Camino, c’est perso aussi changer drastiquement de rythme, rétrograder dans les vitesses. Ces 580 km sont les plus lents depuis être parti de Belgique il y a 10 mois. Vraiment amusant de découvrir comment cela peut être difficile de switcher de paradigme  et de lunettes habituellement de coureur ou de cycliste. Une trop longue étape de 47 bornes le 3e jour me fait ainsi marcher les 3 jours suivants une moyenne de 20 petits km, histoire de récupérer des genoux un peu valides… Dur dur l’apprentissage de la lenteur et du long terme…

Publié par : lukmah | 20 avril 2013

Voir Cancun et partir

IMG_0928Pour qui aime le sable blanc, les palmiers et la mer bleue azur, j’imagine que Cancun et toute la Riviera Maya s’approchent de l’idee du paradis…

De mon cote, dans toute cet etalage de chairs encore plus impressionant parfois que ces expos bizaroides faites de cadavres, mon corp bicolore de blond cycliste contraste sur ces plages de carte postale avec le rouge homard d’Europeens trop presses du bronzage ou le brun/noir des habitues de cette gringolandia…

Belize

Le trop chaud Belize a transforme 10 jours de velo en trois etapes de suee tropicale* et une grosse semaine de standby sur la cote caraibe du Mexique. Entre gringos, burger-king, backpackers collectionneurs de ruines et de cenotes, dire que je n’adore pas ca est un euphemisme…

Mais bon, en lieu et place du guidon, je m’empare des livres que je traine depuis Montreal dans mon trop lourd paquetage pour ces chaudes tropiques. Je termine ainsi La convivialite de Ivan Illitch sur une plage entoure de bronzeurs Ipodant ou Ipadant (en lieu et place de discuter) dans les petarades des jetskis et sous les parachutes bateautractes…

IMG_0866Dans cette ambiance, etrange de lire cet extrait: « Il faut apprendre a renoncer, ce qui ne s’apprend pas a l’ecole, apprendre a vivre a l’interieur de certaines limites (…) La survie humaine depend de la capacite des interesses a apprendre vite par eux-memes ce qu’ils ne peuvent pas faire. (…) Il est impossible d’enseigner la renonciation joyeuse et equilibree dans un monde totalement structure en vue de produire toujours plus et de creer l’illusion que cela coute toujours moins cher. » Ecrit en 1973… hum hum!

Hophophop pour un peu plus de sens, direction l’Europe! (et ce dans un aeronef gros et polluant… hum hum!)

Au plaisir de vous revoir bientot! (notion assez souple pour etre une semaine ou 3 mois selon les opportunites/envies)

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* Sur les 260 km que je roule dans le sud du Belize avant de replier le brompton, j’ai tout de meme le temps de voir de droles de panneaux signalant le passage de charettes mennonites, de partager une nuit dans un school bus avec des cucarachas dignes du Bangladesh ( Hotel Center Point !), constater l’influence toute british sur ce pays si vide (une capitale de 15.000 habitants dans une pale copie du concept de Brasilia dotee d’un aeroport rigolo ) et croiser Laurent Simon, cycliste qui a toute mon admiration de pedaler comme cela dans la chaleur centramericaine pour Plan France.

Publié par : lukmah | 7 avril 2013

Un boulon, un tribunal et trois assos’

Guatemala

J’avoue : quand je suis arrivé, voici quelques semaines, au Guatemala, j’étais surtout préoccupé par la première expérience de mon brompton sur le toit d’un microbus. Vaguement attaché il était, alors que le chauffeur de ce truc bondé foncait a toute allure en serpentant sur les routes des Cuchumatanes….

A force de vibrations (vive les tumulos guatématèques!) et après 500 km, il en a d’ailleurs perdu un boulon…

Mais plus important que mon petit écrou vite remplacé, mon arrivée au Guatemala a coincidé (sans relation aucune…) avec l’ouverture du procès de Rios Montt, à la sinistre mémoire. Général-président au début des années 80, il est maintenant poursuivi par la justice de son pays pour crime contre l’humanité et génocide. Une première mondiale.

A la capitale, à la suite de Bernardo, ami brésilien qui travaille ici à ICG (et m’héberge aussi!), je passe une matinée au tribunal. Ce jour là, c’est le tour des experts en anthropologie qui égrènent les comptes rendus d’exhumations : « Nebaj. Département de Quiché. 5 adultes, 3 enfants. 3 de sexe féminin, 2 de sexe masculin, 3 indéterminés. Total de la fosse FF0012 : 8. »

On estime que 200 000 personnes sont mortes dans le « conflit armé interne » qui a déchiré le pays entre 1960 et 1996 et culminé dans les années 80. La grande majorité des assassinats, massacres et disparitions sont attribués, par une commission Verité de l’ONU, aux forces militaires et para-militaires de l’Etat. L’actuel président, Otto Perez Molina, est d’ailleurs un ancien officier tout juste incriminé par un témoin lors du procès de Montt… rassurant…

« Le Guatemala est en train de tuer ma foi en l’humanité » jette ainsi Bernardo lors d’une discussion sur l’état du pays … Et c’est vrai qu’il y a de quoi frémir : oligarchie aux relents coloniaux, démocratie de faux-semblant, violence quotidienne incroyable (voir ce docu-BD du journal Le Temps), machisme et autoritarisme, militarisation de la police, corruption rampante, inégalités invraisemblables, éducation et justice déficientes ne permettant pas de sortir de ce cercle vicieux fait d’impunité et de manque de mémoire collective…

Mais pourtant des choses évoluent… malgré les assassinats politiques, les disparitions, les pressions et la violence, ce procès et des films comme « El Eco del Dolor de Mucha Gente » sont possibles en 2013.

Et puis d’autres chosent bougent. Des individus qui essayent de faire avancer le grand schmilblik…  au fil de ces semaines au Guatemala, je rencontre différentes assos’ qui font leur part, sans nécessairement prétendre changer le monde, mais qui le font peut-être au final…

IMG_0433Le Mojoca est un mouvement de jeunes de la rue à Guaté. En une autogestion parfois difficile mais émancipatrice, le Mojoca offre à des jeunes vivants dans la rue des cours, un lieu pour se laver,  des projets collectifs et du lien… Glenda, éducatrice et ancienne fille de la rue, me glisse lors de la rencontre avec le groupe « Bolivar » : Au Mojoca, on travaille la pédagogie de l’amitié libératrice… il y a un côté « maman » dans la facon dont elle embrasse ces ketjes la plupart shootés au solvant…

 Bicilicuadora, bicimolino, bicibomba… les bicimaquinas de Maya Pedal me laissent rêveur… comment transformer un vélo et une fourche orpheline en mixer qui n’a pas besoin d’electricité! Plus utile encore, la pompe actionnée à coups de pédales permet à des communautés peu ou pas reliées au réseau électrique de s’autonomiser, d’augmenter leur résilience et de dégager du temps pour les enfants, l’education, une activité génératrice de revenus…  Je vais apprendre a souder je pense!

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Volcans et rando! Quetzaltrekkers mixe tourisme et solidarité dans une ambiance du tonnerre. Une bande de jeunes guides bénévoles pour guider les backpackers en manque d’altitude. Avec Anne (novia de Bernardo) on s’en va sur Xela pour quelques heures de chicken-bus et l’ascension du Tajamulco à 4220 m. Amusant de se sentir vieux avant l’heure tout essoufflé vers le sommet… Gai de savoir que les sous mis là dedans vont  supporter une maison des jeunes et une école de devoirs…

Maintenant, après un mois de pause au Guate, de nouveau la route : bus, bateau, vélo… direction le Nord et Cancun.

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Merci Anne, Bernie, Martin, Saskia, Stefan pour ce temps guatémaltèque ! Gracias Delia por los cursos! Muy chistoso!

Publié par : lukmah | 19 mars 2013

Du cafe zapatiste

 

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« Consumir este cafe o adquirir artenasias de la cooperativas autonomas zapatistas que usted observa a su alrededor, permite que los pueblos indigenas impulsen sus propios proyectos integrales en materia de salud, educacion, vivienda, justicia, democracia, entre otras, en el marco de su propria autonomia y de su libre determinacion como pueblos indigenas. »

La carte de TierrAdentro, cafe cooperatif sympathisant du mouvement zapatiste, donne le ton… bienvenue a San Cristobal de las Casas, au Chiapas, terres de l’EZLN.

Sur Real de Guadalupe, je deambule avec Saskia, amie belge retrouvee dans cette rue neuve bondee de touristes et de backpakers. Etrange de se balader ainsi entre restos et magasins de souvenirs a l’endroit meme ou, le 1e janvier 1994, l’Armee Zapatiste de Liberation Nationale, apres avoir declare la guerre au gouvernement federal mexicain, prit par la force 7 municipalites du Chiapas, dont San Cristobal.

Coincidant symboliquement avec l’entree en vigueur de l’ALENA (Accord de Libre Echange Nord-Americain), l’action du mouvement zapatiste marque pour beaucoup les debuts du mouvement altermondialistes et la critique grandissante du neoliberalisme initie dans les annes 80′.

19 ans plus tard, malgre la repression militaire et malgre les promesses politiques non tenues, les zapatistes sont toujours la. Peut-etre plus forts que jamais.

Silencieux depuis plusieurs annees, le 21 decembre 2012 (changement d’ere maya), les zapatistes, revetus de leur passe-montagne carateristique, defilent avec plus de 40 000 militants dans cing villes du Chiapas. En silence et en rang dans une demonstration impressionante de force pacifique. Comme le fait remarquer Francois Houtard, « il faut s’imaginer ce que signifie préparer une telle opération, réunir les véhicules, mobiliser les gens, avoir l’accord de tous, prendre la route dans une région de sécurité incertaine, parcourir des dizaines de km et défiler en ordre, pacifiquement, dans cinq villes et cela, sans que personne ne s’y attende. »(1)

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Durant la semaine que je passe a San Cristobal, la seule cagoule EZLN que je verrai sera celle d’un gamin l’ayant achetee dans un magasin de souvenir. Au dela du folklore, j’ai pourtant le sentiment que le zapatisme flotte dans l’air de cette ville  entre touristes et femmes Tzotil en habit traditionnel… Est-ce moi? Mes lunettes sur ce bout de voyage?

Le cafe est bon a la cooperative TierrAdentro. Un autre noir sans sucre…

En toute logique les grains proviennent des caracoles, communautes autonomes zapatistes. Lieux d’experimentation de democratie directe, d’autogouvernement et de remise en question pratique du modele capitaliste, ces communautes reinventent la conception du pouvoir et les manieres de s’organiser collectivement.

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Au croisement d’une guerilla guevariste « maniant de façon compétente l’analyse marxiste » (2) et de l’histoire centenaire de peuples indigenes meutris par la colonisation, l’esclavage et la discrimination, le neozapatisme (du nom du revolutionnaire mexicain initiateur de la reforme agraire, debut XXe) est porteur d’une radicalite super interessante.

Action locale mais a la portee universalisante, theorisant mais s’ancrant dans la pratique et « l’apprendre en marchant », critique radicale du capitalisme et de la modernite ayant ravage les societes et l’environnement… le mouvement zapatiste rompt selon Miguel Benasayag (auteur de Resister, c’est creer, coecrit avec Florence Aubenas) en s’ancrant dans le faire en situation et la non-recherche du pouvoir pour changer, par le bas, la societe…(3)

Decidement, le cafe zapatiste a une douce saveur libertaire et un parfum d’utopie a San Cristobal…

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Sur 7 millions d’habitants du Chiapas, 2, 7 millions vivent dans la pauvreté extrême, soit 40 % et il est inutile de préciser que cela concerne surtout les peuples indigènes. L’analphabétisme atteint 25,4 % de la population, contre 10 % dans l’ensemble du pays et 32,2 % n’ont pas accès aux services de santé.

F. Houtard, Les zapatistes existent toujours, sur Cetri.be (18 mars 2013)

(1) Ibid.

(2) Ibid.

(3) Itw de Miguel Benasayag a l’occasion de la sortie de son livre « Du Contre-pouvoir » (1998) : « Cette contre-offensive se situe en rupture avec les méthodes des groupes politiques traditionnels : elle excentre, sans la nier, la question du pouvoir et refuse l’idée d’un modèle anticipateur défini a priori… Les vieux habits de la militance « contre » sont abandonnés au profit de la quête de modes de vie et de pratiques alternatifs : il s’agit de dépasser en actes, dans la vie de tous les jours, l’individualisme du système. Il s’agit, à travers des solidarités en situation, de construire l’émancipation ici et maintenant.  » Itw sur http://1libertaire.free.fr

Creer, c’est resister. Resister, c’est creer … Stephane Hessel et l’Appel du Conseil National de la Résistance ne sont pas loin…

PS: amis historiens, ce sont mes premieres notes de bas de pages depuis 4 ans… quel plaisir! 

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